Une réponse à la note de service adressée par le PDG de WestJet, Gregg Saretsky, à ses employés

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Chers agents de bord de WestJet,

Je m’appelle Troy Winters et je travaille au service de santé-sécurité au travail du SCFP. Je n’ai pas l’habitude de m’immiscer dans ce genre de discussions, mais, le 6 juillet dernier, le président-directeur général de WestJet, Gregg Saretsky, vous a envoyé une lettre dans laquelle il fait de fausses affirmations, tout en posant aussi de bonnes questions. Comme vous méritez de vraies réponses, j’ai donc décidé de répondre à sa lettre.

Avant de me joindre au personnel du SCFP, je travaillais à l’Université Dalhousie et j’étais représenté par le SCFP. J’ai été membre du syndicat pendant près de douze ans, dont six pendant lesquelles j’ai occupé le poste de vice-président de ma section locale. C’est à la lumière de cette expérience que je réponds à M. Saretsky.

Saretsky affirme que notre campagne de recrutement est « opportuniste » et qu’elle découle de la réussite de la campagne de l’ALPA. C’est faux. Cela fait plusieurs années qu’on trouve chez WestJet des agents de bord qui souhaitent se joindre au SCFP, mais il faut bien comprendre que le SCFP s’engage dans une campagne de recrutement uniquement lorsque les employés d’une entreprise le contactent pour signifier leur intérêt. SI la campagne de syndicalisation des pilotes a eu un impact, c’est celui d’inspirer plusieurs agents de bord qui ont réalisé qu’eux aussi pourraient se syndiquer et améliorer leurs conditions de travail.

Dans sa lettre, votre PDG pose une question fondamentale : qu’est-ce que les syndiqués reçoivent en retour de leurs cotisations. Il prétend que les syndicats ne sont là que pour réaliser des bénéfices. Soyons clairs : personne au SCFP ne va s’enrichir grâce à vos cotisations syndicales. Cela dit, je vais répondre à sa question : qu’obtenez-vous en retour de vos cotisations ?

Depuis l’arrivée de notre syndicat dans le secteur du transport aérien, il y a 30 ans, les agents de bord représentés par le SCFP ont fait d’énormes progrès au niveau de leur salaire, de la santé-sécurité au travail et de leurs conditions de travail. C’est que l’argent que nos membres agents de bord versent au syndicat en cotisations sert à payer le salaire de conseillers nationaux professionnels qui les assistent dans leurs relations de travail afin d’obtenir la meilleure convention collective possible. Grâce à leurs cotisations, ils ont aussi accès aux services d’une solide équipe juridique, d’experts en équité salariale, et de spécialistes en communications, en plus de pouvoir bénéficier de programmes de formation. Grâce à ses atouts, nos membres sont en position de force chaque fois qu’ils retournent à la table de négociations.

Saretsky prétend que la présence d’un syndicat empêche la compagnie et ses employés de mettre en œuvre les bonnes idées ou de régler les plaintes. Encore une fois, soyons clairs : le SCFP n’empêche aucunement les travailleurs et la direction de mettre en place des améliorations positives et constructives. En fait, c’est tout le contraire. Les agents de bord sont les mieux placés pour proposer des solutions aux problèmes et améliorer leur milieu de travail. Le SCFP continuera de s’assurer qu’ils se fassent entendre en mettant de l’avant leurs problématiques, leurs idées et leurs préoccupations, surtout dans les périodes où ils ont l’impression d’avoir besoin de soutien supplémentaire pour y arriver.

Les syndicats, et tout particulièrement le SCFP, n’ont pas l’intention de détruire la culture de WestJet. Nous voulons plutôt la bonifier. M. Saretsky prétend que nous ne comprenons pas votre compagnie. Je suis en désaccord total avec cette affirmation. D’autres compagnies aériennes canadiennes ont ouvert les bras à leur syndicat affilié au SCFP et entretiennent avec lui une solide relation de travail marquée par des conversations franches et transparentes.

Je travaille dans le domaine de la santé-sécurité. C’est mon boulot et c’est ma passion. J’ai eu l’occasion de travailler avec toutes les sections locales de notre division du transport aérien. Le SCFP a gagné la confiance et le respect de plusieurs employeurs du secteur et nous travaillons ensemble. Il m’arrive d’accompagner les travailleurs sur leurs vols réguliers pour étudier en quoi nous pourrions améliorer les méthodes de travail, les rendre plus efficaces et plus sécuritaires. Les compagnies aériennes qui ont choisi de tirer profit de mes observations ont gagné un avantage concurrentiel.

J’ai assisté à d’innombrables réunions. Parfois, j’anime la discussion, mais il m’arrive de seulement écouter, émerveillé, pendant que le syndicat et l’employeur règle des problèmes, comme le processus de retour au travail d’une femme toxicomane, l’aide à apporter en cas de problème de santé mentale ou la recherche d’une solution commune à diverses questions de santé-sécurité au travail.

Ces personnes dans le besoin se seraient-elles senties suffisamment épaulées pour naviguer les complexités de la vie et du travail sans le soutien d’un syndicat ?

En quelques décennies, WestJet est passée du statut de jeune entreprise déterminée à celui de deuxième compagnie aérienne en importance au Canada. Vous avez réussi cela avec une vision et des valeurs qui, malheureusement, s’effritent. Plusieurs employés de WestJet nous ont approchés en nous disant que les choses ne sont plus comme avant. Or, les syndicats peuvent vous aider. Lorsque les règles du jeu seront claires pour tous, nous ferons en sorte que les employés profitent de la croissance de WestJet en obtenant des salaires et des conditions de travail justes.

Dans sa lettre, M. Saretsky prétend que nous ne comprenons pas votre compagnie. C’est faux. Non seulement nous comprenons votre compagnie, mais nous comprenons aussi les gens qui la composent.

 

Troy Winters
Conseiller principal en santé-sécurité
Syndicat canadien de la fonction publique